La science infuse

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2 mai 2013

Le germe infectieux de l'autoritarisme

Les milices de jeunes de Robert Mugabe, suspendues en 2007, seraient-elles liées aux mauvaises conditions sanitaires du Zimbabwe ?

Pourquoi certains pays ont opté pour la démocratie quand d'autres populations subissent depuis des décennies l'oppression de régimes autoritaires ? Cette question, longtemps réservée à la sphère des politistes, apparaît sous un jour nouveau en étant abordée par des chercheurs d'autres disciplines. Suivant les traces de Jared Diamond qui, dans son essai intitulé De l'inégalité parmi les sociétés, pointait l'importance de l'environnement sur le devenir des civilisations humaines, des biologistes de l'université du Nouveau-Mexique (États-Unis) ont suggéré que des considérations écologiques pourraient entrer en ligne de compte dans le choix du régime politique d'un pays. Ils ont ainsi formulé en 2007 une curieuse hypothèse : la démocratie s'épanouirait mieux loin des maladies infectieuses ! Cette hypothèse dite du "stress parasitaire", lequel favoriserait l'autoritarisme, semble aujourd'hui confirmée par les travaux d'une équipe de l'université de la Colombie-Britannique (Canada), versant cette fois-ci dans la psychologie sociale.

Bactéries, virus et autres vers parasites ont-ils une influence sur la nature du régime politique qui se met en place dans un état ? Pour le savoir, Damian Murray et ses collègues ont comparé le destin politique de 31 pays, de l'Australie au Zimbabwe en passant par la Grèce. Pour chaque pays, les mœurs politiques ont été évaluées à partir de plusieurs indicateurs émanant notamment d'organisations américaines comme la Freedom House et la Fondation Heritage. L'originalité de cette étude est de s'être intéressée aux comportements individuels en estimant l'autoritarisme des citoyens via l'échelle du fascisme proposée par Theodor Adorno en 1950.

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20 avril 2013

Un antibiotique contre le charme envoûtant des femmes

Cet homme, sous le charme de la porteuse d'eau, semble prêt à vider ses poches pour lui plaire.

James Bond a beau être un agent secret de premier plan, il n'en reste pas moins un homme sensible, tombant bien souvent sous le charme de belles femmes, parfois à ses dépens. Cette péripétie n'est pas qu'une astuce de scénariste en mal de rebondissements (et de belles plastiques à mettre à l'écran) : plusieurs études de psychologie expérimentales ont montré que, face à une femme séduisante, un homme avait tendance à baisser la garde et à se comporter avec moins de prudence. Heureusement, les représentants de la gent masculine pourraient bientôt se ressaisir grâce à une potion magique, ou plus exactement, un antibiotique qui aurait le pouvoir d'annuler l'effet envoûtant d'un beau visage.

Une équipe japonaise menée par Motoki Watabe et Takahiro Tako a sélectionné 98 étudiants de l'université de Kyūshū pour un jeu d'économie expérimentale, appelé jeu de confiance. Le principe est le suivant : deux joueurs reçoivent une certaine somme (ici 1 300 yens, soit environ 10 €), l'homme doit alors choisir la somme qu’il souhaite envoyer à l’autre joueur, une femme en l'occurrence. Celle-ci reçoit alors un multiple du montant envoyé (trois fois dans le cas présent) et décide si elle partage ce montant avec sa comparse (attitude coopérative) ou si elle garde tout pour elle (stratégie qualifiée de trahison par les auteurs). Variante du jeu du dictateur, ce jeu évalue la confiance que le "cobaye" attribue à son partenaire : il lui donne de l'argent, mais au risque de tout perdre. Dans cette expérience, l'étudiant ne dispose que d'une photo pour décider s'il peut se fier à sa comparse. L'expérience est reproduite avec huit étudiantes, choisies par les chercheurs nippons pour leur goût de la trahison (elles décident de garder tout l'argent pour elles). Les étudiants ne savent pas que l'issue de l'expérience est écrite – ils vont se faire plumer –  ce qui permet d'observer s'ils vont placer leur confiance en une femme en se basant sur leur seule apparence physique.

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31 mars 2013

Magnétisme et cellules souches font bon ménage

Quoi de mieux pour piéger des cellules qu'un bon vieil aimant ?

Alors que le président Barack Obama a levé dès mars 2009 l'interdiction du financement public des recherches sur les cellules souches embryonnaires, ces derniers jours, les députés UMP ont empêché l'examen d'une proposition de loi, adoptée en première lecture par le Sénat le 4 décembre 2012, autorisant en France la recherche médicale sur ces mêmes cellules. Il existe toutefois d'autres "sources", ne déchaînant pas les mêmes passions éthiques, qui permettent à des chercheurs français d'exploiter les propriétés uniques de différenciation des cellules souches, notamment dans un domaine qui a émergé au début des années 1990 : l'ingénierie tissulaire, également appelé médecine régénérative (un article précédent parlait de cette technique appliquée... à la fabrication de dents). Ainsi, pendant trois ans, j'ai pu travailler sur des cellules souches mésenchymateuses, issues principalement de la moelle de la crête iliaque (le bord supérieur de l'os du bassin), avec l'idée de fabriquer in vitro du cartilage. J'ai aujourd'hui le plaisir de vous annoncer que les efforts ont été payants, puisque mes anciennes collègues (et directrices de thèse) du laboratoire Matière et systèmes complexes (MSC) de l'université Paris-Diderot (France), viennent de publier dans la revue Advanced Materials un article présentant les progrès accomplis tout particulièrement par la dorénavant docteur Delphine Fayol qui m'a succédé dans l'équipe.

Depuis de nombreuses années, les biologistes étudient la formation des différentes familles cellulaires à partir des cellules souches dans le but de reproduire ce phénomène en laboratoire. Dans notre cas, nous cherchions à obtenir des chondrocytes, cellules qui produisent notamment le collagène, élément essentiel du tissu cartilagineux. La spécificité de ce mécanisme de différenciation, appelé chrondrogenèse, est qu'il ne s'opère que lorsque les cellules souches sont dans un état compact, proche de celui dans lequel elles sont à l'état embryonnaire. Pour compacter les cellules souches, les biologistes utilisent principalement la technique de centrifugation, mais celle-ci n'est pas très contrôlable et ne permet que de produire de petits morceaux de cartilage, inférieur au millimètre. Difficile alors d'imaginer reconstruire une cloison nasale 100 % bio ! C'est ici que l'apport de notre labo (plutôt dédié à la physique) intervient : nous avons utilisé des forces magnétiques pour compacter les cellules. Mais, me direz-vous, comment un champ magnétique peut-il forcer des cellules à former une boule compacte ? Rien de plus simple, rendons la cellule... magnétique !

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28 mars 2013

T'as de beaux yeux, l'tarsier !

Les yeux du tarsier nous renseignent sur l'évolution du système visuel chez les primates anthropoïdes.

Parmi les prodiges polymathes qui ont marqué l'histoire des sciences, on pense plus volontiers à Léonard de Vinci qu'à l'anglais Thomas Young (1773-1829). Ce dernier a pourtant participé au déchiffrement de la pierre de Rosette, inventé les fentes (d'Young) qui lui ont permis de mettre en évidence l'interférence des ondes lumineuses et découvert le phénomène qui nous intéresse ici : la présence dans la rétine de trois familles de cellules nerveuses, chacune sensible à une couleur différente (rouge, vert et bleu). Il a fallu attendre un siècle et demi pour qu'en 1956, le neurophysiologiste Gunnar Svaetichin observe expérimentalement ces trois types de cellules photoréceptrices, appelées cônes. On a depuis appris que si nous partagions avec les primates ce système dit trichromatique, la plupart des mammifères sont eux dichromates alors que poissons, oiseaux et autres reptiles ont une vision tétrachromatique. D'où nous vient cette particularité ? La réponse pourrait venir du tarsier, un curieux petit primate habitant les forêts d'Asie du Sud-Est, connu pour ses grands pieds mais aussi pour ses yeux énormes : le neurologue croate Stephen Polyak le considère comme l'animal ayant les plus gros yeux relativement à la taille de son corps, chaque œil étant aussi gros que son cerveau (la comparaison en images avec l'homme est impressionnante).

La famille des tarsiers a très tôt divergé des autres primates (pour en savoir plus sur l'arbre phylogénétique des primates, n'hésitez pas à consulter le site onezoom.org), d'où l'intérêt suscité par ces petits singes pour remonter aux origines des primates anthropoïdes. Particularité des tarsiers modernes par rapport à leurs cousins primates simiiformes : ils sont tous dichromates, phénomène que les zoologues associent, comme la taille démesurée de leurs yeux, à la vie nocturne. Mais en comparant chez plusieurs espèces la séquence du gène codant l'opsine, la protéine qui réagit à la lumière au niveau du cône, des biologistes du Darmouth College (États-Unis) et de l'université de Tokyo (Japon) ont montré que leurs ancêtres auraient pu distinguer trois couleurs, remettant en cause l'évolution supposée du système visuel chez les primates selon laquelle la distinction de trois couleurs est associée à une vie diurne.

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