La science infuse

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28 mars 2020

Réchauffement climatique : les moules mettent le cap sur l'Antarctique

Des touristes rejoignent leur navire de croisière qui mouille dans la baie Fildes, dans l'archipel des îles Shetland du Sud (Antarctique).

Avec un marché mondial estimé à plus de 45 milliards de dollars pour l'année 2018 et une flotte représentant 500 000 lits, soit 2,5 % de la capacité hôtelière de la planète selon une étude de KPMG, les croisières s'imposent sur toutes les mers du globe, comme la pandémie actuelle nous l'a rappelé avec l'épisode du Diamond Princess. Toutes, y compris les terres lointaines et hostiles de l'Antarctique : une rapide requête sur un moteur de recherche renvoie plus de 300 000 réponses pour "croisière Antarctique" ! En effet, les routes maritimes vers le continent austral sont de plus en plus empruntées. Une étude britannique publiée dans Global Change Biology en 2019 estimait qu'environ 180 navires avaient navigué vers l'Antarctique l'année précédente, contre seulement 30 en 1960, les navires de croisière représentant aujourd'hui plus de la moitié de ce trafic maritime. Parmi les nombreuses conséquences de cette ruée vers l'or blanc, la possible contamination d'un écosystème unique, comme l'illustre aujourd'hui une équipe chilienne partie en expédition sur les îles Shetland du Sud, à la pêche aux moules...

Les chercheurs ont en effet trouvé, dans les cavités d'une éponge, une quarantaine de petites moules adultes de 2 mm. Une analyse phylogénétique a permis d'identifier l'origine la plus probable de ces moules : le Sud de la Patagonie. Les chercheurs ont ainsi rapidement incriminé les navires qui descendent du détroit de Magellan vers l'Antarctique (ils représentent la majorité du trafic à destination des îles du Shetland Sud). En effet, il apparaît impossible que les mollusques aient fait le trajet seules : outre les plus de 1 000 km qui séparent la Patagonie de cette région australe, les moules auraient du franchir la convergence antarctique, aussi appelée front polaire, une bande d'une quarantaine de kilomètres de large qui séparent les eaux froides antarctiques des eaux plus chaudes au nord. Cette barrière thermique assure depuis plus de 5 millions d'années la protection d'un écosystème austral bien particulier, aujourd'hui menacé.

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22 mars 2020

Armageddon nucléaire : et après, on mange quoi ?

Ivy King, bombe à fission nucléaire de 500 kilotonnes testée par les États-Unis le 15 novembre 1952 sur l'atoll Eniwetok, dans l'Océan Pacifique

Vous avez l'impression ces jours derniers de vivre dans un film catastrophe ? Attendez de voir ce qui va suivre... Dans un impressionnant exercice de prospective, une équipe de chercheurs provenant des États-Unis, d'Allemagne, d'Autriche, de France et de Suisse, a modélisé... les conséquences d'une guerre nucléaire entre l'Inde et le Pakistan sur l'agriculture mondiale.

Dans son rapport 2017, la Global Challenges Foundation listait les risques de catastrophes à l'échelle mondiale (une activité comme une autre, me direz-vous...). Aux côtés du dérèglement climatique, d'un effondrement de la biodiversité, des pandémies (oups), de l'impact d'un astéroïde avec notre planète, de l'éruption d'un supervolcan, de la géo-ingénierie, de l'intelligence artificielle et d'autres risques inconnus à ce jour figuraient en bonne place les armes de destruction massive, au premier rang desquelles l'arme nucléaire. En effet, même si, comme le détaille Steven Pinker dans Le triomphe des Lumières, le stock d'ogives nucléaires des États-Unis est le plus faible depuis 1956 et que la Russie a réduit son arsenal de 85 % par rapport à l'apogée de l'époque soviétique, il reste aujourd'hui plus de 10 000 ogives dans le monde. Et une petite partie d'entre elles sont installées à proximité du Cachemire, région disputée par l'Inde et le Pakistan depuis des décennies. Selon une étude parue dans Science Advances en 2019, l'Inde et le Pakistan pourraient être dotés d'ici 2025 de 400 à 500 bombes nucléaires d'une puissance de 10 à plusieurs centaines de kilotonnes (pour mémoire, la bombe Little Boy qui est tombée le 6 août 1945 sur Hiroshima avait une puissance de 15 kilotonnes). Que se passerait-il si un conflit nucléaire s'ouvrait entre les deux belligérants ? Selon le scénario des chercheurs, 5 millions de tonnes de poussière seraient projetées dans l'atmosphère, provoquant un hiver nucléaire : un voile encerclerait autour de la Terre, réduisant le rayonnement solaire et provoquant un refroidissement global (baisse de la température moyenne de 1,8 °C et des précipitations de près de 8 %) pendant plusieurs années. Les chercheurs ont alors fait tourné leurs algorithme pour modéliser les répercussions en chaîne de cet hiver sur l'agriculture et le commerce mondial.

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1 mars 2019

Les enfants (danois) sont de vrais nids à microbes

Prenez garde, cet enfant est une véritable bombe à retardement !

Aujourd'hui, nous plongeons dans l'univers fabuleux de... la gastro-entérite, cette charmante infection causant nausées, vomissements et diarrhées. Une étude publiée dans le Lancet en 2013 indiquait le nombre astronomique de 1,7 milliard d'épisodes de diarrhées dans le monde en 2010 (dont 36 millions qualifiés de sévères)... chez les seuls enfants de moins de 5 ans ! Entraînant dans certains cas une forte déshydratation, les diarrhées sont ainsi à l'origine de la mort de 700 000 enfants chaque année. L'Organisation mondiale de la santé s'est fixée comme objectif de mettre fin aux décès évitables d'enfants par diarrhée d'ici 2025.

Qu'en est-il en France ? Pour le savoir, il faut se référer au réseau Sentinelles, qui suit depuis 1990 les épisodes de diarrhées aiguës (définies par au moins trois selles molles par jour) partout en France grâce à un réseau de 1300 généralistes et de 120 pédiatres libéraux. Cette surveillance permet de remonter chaque semaine une estimation du nombre de cas rapporté à la population. On observe ainsi une forte saisonnalité de la gastro, avec un pic hivernal dont l'ampleur a fortement diminué depuis 2009, sans explication claire à ce stade. Une étude publiée en 2012 à partir d'une enquête menée en 2009-2010 (au début de la décrue) a établi que chaque année la gastro-entérite touchait en moyenne un Français sur trois, et même trois-quarts des enfants de moins de 5 ans ! Et quand on sait que les parents inquiets ont consulté un médecin dans 40 % des cas, on constate que la gastro-entérite est bien un problème de santé publique, même en France. Et les enfants sont en première ligne.

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8 décembre 2018

Comment des robots ont influencé le référendum en Catalogne

Des robots s’immiscent sur Twitter et influencent les débats qui s'y nouent.

Le 1er octobre 2017, plus de deux millions de Catalans se déplaçaient dans les urnes pour le référendum d'autodétermination organisé - sans le consentement de l'État espagnol - par le gouvernement catalan dirigé par Carles Puigdemont. Ce scrutin contesté venait conclure une campagne âpre opposant dans les rues indépendantistes et unionistes, ces derniers souhaitant que la Catalogne reste partie intégrante de l'Espagne. Cette grande polarisation de la société catalane a trouvé un écho, comme tous les débats de société aujourd'hui, sur les réseaux sociaux. Manlio De Domenico, chercheur à la Fondazione Brusso Kessler (Trieste, Italie), et ses collègues italiens se sont penchés de plus près sur l'activité de Twitter entre le 22 septembre et le 3 octobre, analysant plus de 3,5 millions de tweets reprenant les hashtags associés au référendum (#Catalunya, #Catalonia, #Catalogna, #1Oct, #votarem, #referendum...) émanant de plus de 500 000 comptes Twitter. Ils se sont plus particulièrement intéressés au rôle joué par les "social bots", des comptes gérés par ordinateur pour interagir avec les utilisateurs humains du réseau. Quelle place occupe ces "robots sociaux" dans la conversation espagnole sur les réseaux sociaux ? Ont-il une influence sur les deux camps qui s'opposaient dans ce référendum ?

Première question : comment repérer un bot dans la foule des twittos espagnols ? Il existe, outre des modes d'emploi pour créer son propre bot, des outils en ligne qui permettent d'identifier ces "faux comptes" par des outils d'intelligence artificielle (IA) appelés apprentissage automatique (ou machine learning), tels que Botometer développé par des chercheurs de l'université de l'Indiana (États-Unis). Ces outils sont toutefois inadaptés à l'ampleur de la tâche à laquelle se sont attelés les chercheurs italiens sur la campagne référendaire catalane. Ils ont donc développé leur propre algorithme d'AI qui va analyser pour chaque compte Twitter dix paramètres, parmi lesquels la personnalisation ou non de la photo de profil du compte (le faux "œuf" par défaut, qui a laissé la place à un plus anonyme profil grisâtre), la présence de métadonnées géographiques (enregistrées lorsqu'on utilise Twitter à partir de son smartphone) ou encore l'activité spécifique du compte. En effet, les bots se distinguent par une activité frénétique, avec une proportion plus importante de retweets (relais de messages postés par d'autres utilisateurs) par rapport aux tweets originaux et un faible nombre de followers (personnes abonnées au compte pour suivre son activité) alors qu'un bot va suivre un grand nombre de comptes. L'algorithme mis en place par les physiciens italiens permet de détecter dans plus de neuf cas sur dix si un compte est géré par un humain ou un bot.

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