La science infuse

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17 novembre 2012

Un "robiot" marche grâce à des cellules cardiaques

Le "robiot" possède un moteur biologique : un feuillet de cellules cardiaques qui, en se contractant, déforme les "jambes" et les met en mouvement.

Comment mettre en branle un objet inerte et recréer ainsi cette faculté naturelle des êtres vivants à se mouvoir ? Cette interrogation a mobilisé de nombreuses générations de chercheurs et d'ingénieurs, de Héron d'Alexandrie et son éolipyle au Ier siècle jusqu'au Belge Étienne Lenoir, père du moteur à explosion en 1860 en passant par Denis Papin, qui a inventé la machine à vapeur à la fin du XVIIIe. Aujourd'hui, l'équipe de "bio-ingénieurs" de Rashid Bashir, à l'université de l'Illinois à Champaign-Urbana (États-Unis), poursuit cette tradition, mais cette fois-ci sans essence ni vapeur. Ils ont donné naissance à une "machine biologique", baptisée "robiot" : ce marcheur, long de quelques millimètres, est propulsé par des cellules cardiaques vivantes et remuantes.

Ce "robiot" tire son énergie d'un feuillet de cellules musculaires cardiaques, les cardiomyocytes, capables de se contracter spontanément (observez l'étonnant mouvement de ces cellules dans une boîte de Petri ici). Comment mobiliser cette source d'énergie autonome, qui engendre un mouvement contractile, pour déplacer une machine ? Les chercheurs américains ont placé les cellules musculaires cardiaques sur une couche de polymère flexible, posée sur une base plus rigide. En faisant varier l'épaisseur de la couche de polymère, il est possible de modifier sa courbure pour que l'un des côtés (sa "jambe") s'approche de la surface sur laquelle le robiot est posé.

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13 octobre 2012

La thermodynamique de l'éléphant, au poil !

L'éléphant ne peut pas compter sur ses battements d'oreille pour se refroidir. Heureusement, son cuir est poilu !

En pleine canicule, n'avez-vous jamais pris en pitié les pauvres éléphants, qu'ils soient d'Afrique (Loxondontis africana) ou d'Asie (Elephas maximus), en vous demandant comment ces pachydermes faisaient pour se rafraîchir, quand leur température corporelle oscille autour de 36°C dans un environnement bien plus chaud ? Plusieurs hypothèses ont émergé au fil des ans : les bains de poussière ou de boue, la respiration percutanée (alors que l'éléphant est dépourvu de glande sudoripare) ou le battement des oreilles pour favoriser l'aération ! Non satisfaits par ces idées, et inquiets pour l'équilibre thermique des éléphants, des chercheurs de l'université Princeton (États-Unis) se sont demandés si les poils qui recouvrent le cuir des pachydermes n'étaient pas la clé du problème.

Les éléphants ne sont en effet pas imberbes. Si leur fourrure a décliné par rapport à leur ancêtre, le mammouth laineux (Mammuthus primigenius), elle compte encore quelques centaines de poils par mètre carré (une densité estimée à partir d'images de Sherini, une éléphante de 24 ans du Botswana). Longs de 2 centimètres en moyenne, et de 0,5 mm de diamètre (plus épais que leurs homologues humains), ces poils agiraient selon les physiciens américains comme des ailettes, similaires aux structures recouvrant les microprocesseurs dernière génération des ordinateurs. En augmentant la surface d'échange avec l'air environnant (alors que l'éléphant est l'animal terrestre présentant le plus faible ratio surface/volume), les poils-ailettes maximiseraient la dissipation de la chaleur corporelle.

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28 mars 2012

À quelle vitesse avance une file indienne ?

Jusqu'à 28 cobayes marchent en file indienne dans ce "manège" circulaire.

Loin de nos penchants individualistes, de nombreux animaux se déplacent en bande, et manifestent à cette occasion de curieux phénomènes de groupe qui font la joie des physiciens statisticiens. De nombreuses équipes s'intéressent qui aux impressionnantes nuées de pigeons qui se forment dans le ciel de Rome, qui aux bancs de poissons, tels que les montre le dessin animé Le Monde de Nemo, qui aux troupeaux de moutons ou, à défaut, à d'artificiels homologues millimétriques. Ces mouvements collectifs ne sont cependant pas l'apanage des animaux, et les humains, lorsqu'ils se déplacent, font émerger de la même façon des motifs étonnants, au cœur des recherches de plusieurs équipes, françaises notamment. Alors que le Centre de recherches sur la cognition animale basé à Toulouse a mis en évidence certains phénomènes intrigants des foules de piétons traversant une rue commerçante (pour en savoir plus, n'hésitez pas à consulter le site de Mehdi Moussaid), des physiciens français de l'université Paris-Sud et de l'INRIA se sont récemment intéressés aux mouvements collectifs de piétons dans une configuration plus épurée : une simple file indienne. Cette bête marche à la queue leu-leu révèle que notre locomotion n'est pas si fluide qu'on pourrait le penser.

Ces travaux se sont appuyés sur des données obtenues en laboratoire, en faisant défiler des volontaires dans un "manège" circulaire, toute communication orale étant interdite entre les piétons. Chaque marcheur était équipé de capteurs (sur les épaules et le haut de la tête) pour suivre ses déplacements dans le temps. À partir des données ainsi récoltées, les chercheurs ont ainsi pu tracer ce qu'ils appellent le "diagramme fondamental" reliant la vitesse de la file à sa densité (inversement proportionnelle à la distance séparant deux piétons). Ils ont ainsi retrouvé un résultat connu, et intuitif : plus la file est compacte, plus la vitesse diminue. Mais comment ce passage d'une file calme et rapide à un mouvement ralenti car bouché s'effectue ?

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19 février 2012

La physique des faux plis

Le repassage, un phénomène mystérieux pour certains...

Comment écrancher un vêtement, c'est-à-dire en enlever les faux plis ? Avec un fer à repasser, répondrez-vous instinctivement. Mais comment cet appareil, qui répond au besoin des ménages depuis plusieurs siècles (l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert en fait mention à la seconde moitié du XVIII° siècle), permet de lisser les tissus ? D'après les physiciens, trois paramètres garantissent un repassage efficace : la température (Félix se rappelle encore du coup de fer porté par Zézette), le poids et l'humidité, fournie par la vapeur d'eau. C'est à ce dernier aspect que des chercheurs français, menés par Lydéric Bocquet de l'université Lyon 1, se sont intéressés dans un article publié dans la revue Soft Matter.

Pour faire des expériences, encore faut-il un système modèle. La première étape de l'étude a donc été de former des "plis" reproductibles : le tissu, posé sur un support percé d'un trou de taille déterminée, est attaché à un poids qui l'entraîne à travers la fente. Un pli est ainsi formé, dont l'angle dépend des propriétés intrinsèques du matériau, comme son épaisseur, mais aussi de la largeur de la fente par laquelle le tissu passe. Ce pli est qualifié de plastique car il persiste après l'effort appliqué sur le tissu (à la différence d'une déformation élastique, qui ne dure que le temps de l'application de la force, comme par exemple pour un ressort). Et c'est bien là tout le problème... le faux pli dure !

Une fois ces plis formés, reste à comprendre comment les défaire. L'observation des tissus ainsi déformés montre que les plis s'ouvrent de façon spontanée, mais lentement : l'angle formé sur un tissu en fibres de polyester passe de 60° à 50°... en trois heures, ce qui justifie pleinement le fait de repasser les vêtements plutôt que d'attendre que les faux plis se résorbent d'eux-mêmes. L'humidité apportée par le repassage joue-t-elle un rôle dans la vitesse d'ouverture des plis ?

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