La science infuse

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16 novembre 2013

Il était une fois le Petit Chaperon rouge

Plus de deux mille ans que ça dure, mais le Petit Chaperon rouge n'arrive toujours pas à reconnaître sa mère-grand...

Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.

Ainsi se termine, de façon tragique, le conte Le Petit Chaperon rouge, écrit par Charles Perrault en 1698. Peut-être êtes-vous plus familiers de la version des frères Grimm, parue en 1857, qui s'achève par la victoire de l'enfant et de sa grand-mère, libérées du ventre du prédateur par un chasseur ? Les contes évoluent en effet au cours du temps, au gré de leur transmission (essentiellement orale) d'une génération à l'autre, sous l'influence des codes sociaux de l'époque et des interactions avec d'autres histoires venues d'ailleurs. C'est le sujet des recherches de Jamshid Tehrani, anthropologue à l'université de Durham (Royaume-Uni) : s'intéressant à la transmission de la culture au cours du temps, il a voulu reconstituer l'arbre phylogénétique du Petit Chaperon rouge, à la manière des biologistes qui remontent l'arbre de l'évolution des espèces.

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2 mai 2013

Le germe infectieux de l'autoritarisme

Les milices de jeunes de Robert Mugabe, suspendues en 2007, seraient-elles liées aux mauvaises conditions sanitaires du Zimbabwe ?

Pourquoi certains pays ont opté pour la démocratie quand d'autres populations subissent depuis des décennies l'oppression de régimes autoritaires ? Cette question, longtemps réservée à la sphère des politistes, apparaît sous un jour nouveau en étant abordée par des chercheurs d'autres disciplines. Suivant les traces de Jared Diamond qui, dans son essai intitulé De l'inégalité parmi les sociétés, pointait l'importance de l'environnement sur le devenir des civilisations humaines, des biologistes de l'université du Nouveau-Mexique (États-Unis) ont suggéré que des considérations écologiques pourraient entrer en ligne de compte dans le choix du régime politique d'un pays. Ils ont ainsi formulé en 2007 une curieuse hypothèse : la démocratie s'épanouirait mieux loin des maladies infectieuses ! Cette hypothèse dite du "stress parasitaire", lequel favoriserait l'autoritarisme, semble aujourd'hui confirmée par les travaux d'une équipe de l'université de la Colombie-Britannique (Canada), versant cette fois-ci dans la psychologie sociale.

Bactéries, virus et autres vers parasites ont-ils une influence sur la nature du régime politique qui se met en place dans un état ? Pour le savoir, Damian Murray et ses collègues ont comparé le destin politique de 31 pays, de l'Australie au Zimbabwe en passant par la Grèce. Pour chaque pays, les mœurs politiques ont été évaluées à partir de plusieurs indicateurs émanant notamment d'organisations américaines comme la Freedom House et la Fondation Heritage. L'originalité de cette étude est de s'être intéressée aux comportements individuels en estimant l'autoritarisme des citoyens via l'échelle du fascisme proposée par Theodor Adorno en 1950.

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14 janvier 2013

Les réseaux communautaires de l'économie mondiale

Si les réseaux urbains sont visibles de l'espace, il n'en est pas de même pour les liens tissés entre les entreprises multinationales.

Il y a un peu plus d'un an, une triade d'économistes de l'École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) décortiquaient les entrelacs qui constituent le réseau global des multinationales, mettant à jour une structure hiérarchisée dominée par une super-entité de petite taille mais contrôlant une grande part de l’activité internationale (vous pouvez retrouver les détails de l'affaire dans l'article World Company : mythe ou réalité ?). La même équipe replonge cette année dans le grand bain de l'économie mondiale pour construire le réseau "social" des grandes entreprises mondiales. Si les liens tissés traversent les frontières nationales, des communautés se forment, autour d'activités économiques semblables mais surtout entre acteurs résidant dans le même pays. La World Company serait-il moins cosmopolite qu'on pouvait le croire ?

L'étude suisse s'intéresse à 43 060 multinationales, installées pour la majorité aux États-Unis et en Europe (même si les chercheurs ont dénombré également 139 compagnies installées aux Bermudes et 40 aux Îles Caïman, deux pays connus pour leur fiscalité avantageuse). Le réseau complet fait apparaître plus de 600 000 entités (compagnies ou actionnaires) associées à ces multinationales, nouant entre elles plus d'un million de liens capitalistiques. Parmi les 23 825 sous-réseaux indépendants qui apparaissent, les chercheurs helvètes avaient mis en évidence en 2011 l'existence d'un mastodonte rassemblant les trois-quarts des entités et qui écrase les autres regroupements économiques, dont neuf sur dix rassemblent moins de dix entités. Ils ont cette fois-ci observé plus en détail les affinités qui émergent entre les quelque 460 000 entités économiques formant le cœur interconnecté de l'économie mondiale.

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7 octobre 2012

La baisse de la fécondité, une histoire de compromis

Comment évolue la fécondité ?

Des anthropologues britanniques se sont intéressés aux mécanismes qui accompagnent la diminution de la fécondité, un élément de la transition démographique. Quel compromis évolutif, ou trade-off, est le moteur de cette modification des comportements reproductifs humains ? L'hypothèse du groupe mené par David Lawson est, pour le dire en termes assez crus, qu'il existerait un compromis entre la "qualité" des enfants nés, c'est-à-dire leurs chances de survie, et leur quantité. Pour le vérifier et chiffrer ce compromis, ils ont analysé les données démographiques enregistrées dans 27 pays d'Afrique subsaharienne entre 2003 et 2008. Pour chaque pays, du Bénin au Rwanda en passant par le Cameroun et le Mozambique, les chercheurs ont observé les relations entre le nombre d'aînés dans la fratrie et les chances de survie du dernier né à cinq ans.

Les situations démographiques de ces pays sont assez disparates. Ainsi, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans passe de 63 ‰ au Zimbabwe à 282 ‰ au Mali (des chiffres supérieurs à ceux donnés par la Banque mondiale en raison d'un échantillonnage différent). Les pays ne se situent pas tous au même point de la transition démographique : alors que le taux de fécondité au Mali est de 6,6 enfants par femme, il s'établit à 3,3 au Zimbabwe. Mais au-delà de ces moyennes nationales, les anthropologues se sont placés à l'échelle familiale, celle de la mère et de l'enfant qu'elle vient de mettre au monde, pour mesurer le rapport qui existe entre nombre d'enfants et taux de mortalité juvénile.

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