Biogéographie des sanitaires

Les microbiologistes américains ont ciblé plusieurs zones particulières des toilettes publiques : les poignées de porte, les robinets, la cuvette des toilettes, la chasse d'eau, le sol, etc. Dans l'ensemble, ils ont détecté 19 groupes bactériens, parmi lesquels quatre se distinguent : les actinomycètes, les Bacteroidetes, les Firmicutes et les protéobactéries. D'où viennent-ils, et où prospèrent-ils ? Pour le savoir, les données ont été croisées avec des sources bactériennes témoins, modélisant divers environnements tels que la peau humaine, la bouche, les excréments, l'urine ou l'eau de la cuvette. En connaissant les populations bactériennes qui pullulent dans ces différents habitats types, il est possible de connaître l'origine des communautés bactériennes récoltées en divers endroits des toilettes étudiées, et d'expliciter ainsi la biodiversité qui existe chaque secteur des sanitaires.

Selon les zones, les communautés bactériennes varient, leur origine étant différente : alors que les bactéries qui pullulent sur les poignées de porte proviennent de la peau, celles vivant sur la cuvette sont issues des excréments et de l'urine.

Le sol est le Belleville des toilettes, accueillant le plus grand nombre de communautés bactériennes. Lors de leur exploration de douze toilettes publiques de l'université du Colorado, les chercheurs ont dénombré en moyenne 229 groupes distincts dans chaque échantillon. Une immigration massive, dont les chaussures des usagers des toilettes constituent un vecteur efficace, expliquant le fait que de nombreuses bactéries trouvées sur le sol des toilettes proviennent... de la terre foulée par les usagers. Quant aux autres zones des toilettes, la source prépondérante de bactéries reste la peau humaine, un résultat anxiogène pour tous les spectateurs du film Contagion de Steven Soderbergh. Les chercheurs tiennent néanmoins à nous rassurer en notant que peu de bactéries familières de l'environnement buccal se retrouvent dans les toilettes de leur université.

Concernant le cœur du dispositif, le siège de toilette, les microbiologistes dénombrent une recrudescence de deux groupes bactériens : les Firmicutes et les Bacteroidetes, que l'on retrouve fréquemment dans l'intestin humain, et donc dans les excréments. Un autre résultat inquiétant pour notre hygiène : ces bactéries élisent également domicile sur la poignée de chasse d'eau... Attention donc à être aussi précautionneux sur la salubrité de la cuvette que sur celle du reste du mobilier sanitaire ! À noter aussi que dans certains cas, des communautés habituellement détectées sur le sol se retrouvent sur la poignée de chasse d'eau. Les chercheurs fournissent une explication : "certains usagers utilisent leur pied pour actionner la chasse, une pratique bien connue chez les germophobes [ou mysophobes]." La biologie moléculaire n'a pas fini de nous surprendre...

Source : G. Flores et al., Microbial Biogeography of Public Restroom Surfaces, PLoS ONE, 23 novembre 2011.

Crédit photo : Byggfabriken (CC BY-ND 2.0).


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