Plongée dans la préhistoire de l'Amazonie

Les belles fleurs de Symphonia globulifera ont survécu aux réchauffements de l'ère pré-Quaternaire.

L'idée est de dénombrer les différences entre les ADN de deux spécimens d'une même espèce. Si ces changements sont dus à des mutations génétiques aléatoires, ils interviennent à un rythme régulier : les chercheurs estiment qu'il y a 0,16 % de chances qu'une lettre soit substituée par une autre en un million d'années, et ce pour chaque site composant la molécule d'ADN. On peut ainsi estimer l'âge de l'ancêtre commun des deux spécimens contemporains, celui-ci étant d'autant plus ancien que les patrimoines génétiques de ses descendants auront divergé du fait des mutations (cette même technique avait permis de remonter l'arbre généalogique de la Peste Noire).

Cette opération a été conduite pour douze espèces d'arbres représentant la diversité de la forêt amazonienne, du balsa (Ochroma pyramidale) au bois fusil guyanais (Palicourea guianensis) en passant par le fromager (Ceiba pentandra), aussi connu sous le nom de kapokier, et Symphonia globulifera. L'horloge moléculaire indique que la plupart des espèces sont présentes dans la région depuis plus de 3 millions d'années (à l'exception du fromager, arrivé il y a 220 000 ans environ). Un grand nombre d'espèces d'arbres de la forêt amazonienne a donc survécu à de précédents réchauffements semblables à celui attendu pour la fin du XXIe siècle.

Les conclusions de l'étude sont toutefois prudentes sur l'avenir de l'Amazonie. Les auteurs indiquent notamment qu'ils "ne [peuvent] pas écarter la possibilité que certaines tolérances à des températures plus élevées aient été perdues au cours du temps." De plus, la comparaison avec le passé présente certaines limites. Comme l'explique l'un des membres de l'équipe Simon Lewis, de l'université de Leeds (Royaume-Uni), "la forêt amazonienne est aujourd'hui convertie aux cultures agricoles et à l'extraction minière, et ce qu'il en reste a été dégradé par l'exploitation forestière et se retrouve de plus en plus fragmenté par les champs et les routes." Il est en effet possible que les arbres aient pu survivre pendant les périodes chaudes en se déplaçant vers des plateaux d'altitude au climat plus clément. Ce schéma serait aujourd'hui compromis du fait de la déforestation, estimée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à 2,6 millions d'hectares par an, rien qu'au Brésil. Le réchauffement climatique a de plus d'autres conséquences que la seule augmentation des températures : il entraînera des sécheresses plus fortes, comme l'Amazonie en a déjà subi en 2005 et 2010, favorisera les feux et provoquera la disparition d'animaux indispensables à la dissémination des graines. Si les arbres peuvent probablement endurer une hausse des températures, les efforts pour la préservation de la forêt amazonienne ne doivent pas être relâchés.

Source : C.W. Dicket al., Neogene origins and implied warmth tolerance of Amazon tree species, Ecology and Evolution, 14 décembre 2012.

Crédit photo : Christopher Dick - University of Michigan ; Rolando Perez - Center for Tropical Forest Sciences.


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