De l'auto-médication chez les insectes ?

Leptopilina boulardi, une guêpe parasitoïde, ennemi de la mouche du vinaigre.

L'effet protecteur de l'éthanol paraît indirect, le niveau d’alcool mesuré dans l'hémolymphe (l'équivalent du sang chez les insectes) n'étant pas significativement plus élevé chez les mouches élevées dans un environnement alcoolisé. Les chercheurs émettent donc l'hypothèse d'un mécanisme plus complexe, l'alcool entraînant la production d'une toxine à usage thérapeutique dont la nature reste à préciser par une analyse de la composition de l'hémolymphe des larves infectées et avinées. D'autres organismes utilisent cette même stratégie préventive : leur alimentation fournit des toxines qui les protègent d'agresseurs extérieurs.

Mais ici, la situation serait plus complexe : les larves cherchent activement l'alcool lorsqu'elles sont menacées par les guêpes parasitoïdes. Les biologistes américains ont en effet placé les larves infectées dans une boite de Pétri coupée en deux (une moitié fournie en éthanol, l'autre en étant dépourvue) : les larves initialement situées dans l'environnement contrôle se déplacent vers la zone alcoolisée en quelques heures. La présence des deux environnements côte à côte augmente les chances de survie des larves en même temps qu'elle diminue la probabilité de voir une guêpe parvenir à maturité. La situation semble plus favorable que lorsque la larve évolue dans un endroit entièrement alcoolisé, l'éthanol concentré pouvant être lui aussi dangereux pour la mouche. Pour les auteurs, "ces résultats montrent que, non seulement les mouches choisissent de consommer de l'éthanol en s'auto-médicant contre l'infection des guêpes, mais qu'elles équilibrent la prise d'éthanol pour limiter les effets toxiques sur elles-mêmes."

Cette découverte, la première de cette ordre, devrait sans doute être reproduite chez d'autres espèces, l'alcool étant un composé naturel répandu. Et pourquoi pas chez l'homme, les études scientifiques s'étant jusqu'alors focalisées sur les effets délétères de l'alcoolisme plutôt que sur ces éventuels bienfaits en terme de lutte contre les infections parasitaires ?

Source : NF. Milan et al., Alcohol Consumption As Self-Medication Against Blood-Borne Parasites In The Fruitfly, Current Biology, 16 février 2012.

Crédit photo : Lite (CC BY-SA 3.0) ; PLoS (CC BY 2.5).


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