Scénarios agricoles

Le graphique représente les émissions de gaz à effet de serre en 2050 en fonction de la quantité d'intrants azotés pour quatre scénarios envisagés : aucun changement entrepris (past trend), concentration foncière (land sparing), maintien de la consommation d'engrais (current N intensity) et diminution des intrants azotés (N minimizing).

Comment faire face à cette forte pression sur la production mondiale ? Quelles conséquences sur notre écosystème, alors que l'activité agricole représente déjà aujourd'hui un quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) ? Pour imaginer le paysage de l'industrie agricole en 2050, les chercheurs américains ont conçu deux scénarios "limite". Dans un cas, les inégalités entre régions riches et productivistes et zones plus pauvres, dont les terres fournissent des rendements faibles, se maintiennent d'ici 2050, aggravant encore l'impact environnemental de l'augmentation nécessaire de la production (c'est la courbe rose du graphe). Dans un autre cas, le progrès technologique se poursuit sur son rythme actuel, et des transferts de compétences permettent aux nations les moins avancées de rattraper leur retard : l'empreinte écologique de l'agriculture est alors limitée (courbe verte du graphe). Entre ces deux hypothèses, franchement optimiste et pessimiste, un océan de possibilités qu'il est impossible de démêler précisément.

Quelle voie durable emprunter ? En se plaçant dans l'hypothèse la plus favorable d'un point de vue technologique, à supposer que le frein soit mis sur l'extension des terres arables, celles-ci ne devraient s'étendre "que" de 200 millions d'hectares d'ici 2050 pour satisfaire les besoins agricoles, ce qui s'accompagnerait d'une augmentation des émissions de GES d'un milliard de tonnes de carbone. À l'opposé, l'accent mis sur la minimisation des intrants azotés (en maintenant la consommation mondiale à son niveau de 2005, soit une diminution relative par hectare cultivé) nécessiterait le défrichage de 500 millions d'hectares supplémentaires, soit 1,6 milliards de tonnes de carbone émises chaque année. Deux hypothèses bien loin du scénario catastrophe, celui de l'attentisme et de l'inaction : explosion de la surface arable (+ 1 milliard d'hectares cultivés), de la consommation d'intrants azotés (+ 250 millions de tonnes annuels) et d'émissions de GES (+ 3 milliards de tonnes équivalent-carbone par an) ! Sans parler du réchauffement climatique qui pourrait avoir des conséquences négatives sur les rendements agricoles.

Comme on le voit, cette étude prospective montre qu'il n'y a pas de solution miracle au défi agricole. À moins d'attendre une hypothétique révolution verte, qui poindrait le bout de son nez en Afrique, la croissance démographique et la hausse de nos besoins alimentaires avec le niveau de vie aura un impact fort sur notre environnement. À nous d'en limiter au maximum la marque en agissant dès aujourd'hui en faveur des transferts de technologie, de la concentration foncière et d'une agriculture moins productiviste.

Source : D. Tilman et al., Global food demand and the sustainable intensification of agriculture, PNAS, 21 novembre 2011.

Crédit photo : ars.usda.gov - Image Number K1441-5.


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