Quantifier les différentes fraudes

Les "empreintes" de douze scrutins laissent penser à des fraudes électorales en Russie et en Ouganda.

Les chercheurs ont donc affiné la technique de détection de la fraude pour la rendre insensible à la taille des échantillons. Ils ont construit un diagramme à deux dimensions représentant les résultats obtenus par le vainqueur ainsi que la participation dans chaque unité électorale. Nommé empreinte électorale, ce graphique prend généralement la forme d'une tache, similaire à la "bosse" de la courbe de Gauss. Ainsi, lors de la présidentielle française de 2007, la participation tournait autour de 86 % et Nicolas Sarkozy obtenait environ 31 %, avec des variations légères suivant les bureaux de vote (voir le graphique). Dans certains cas, l'empreinte prend une forme plus complexe : la tache principale est accompagnée d'une traînée vers de plus fortes participations et des scores plus élevés, et une tache secondaire apparaît autour d'une participation de 100 % et d'un score lui aussi voisin de 100 %.

Ces deux anomalies, présentes lors des scrutins russes et ougandais, témoignent de deux modes de fraude distincts. D'un côté, une fraude dite incrémentale, où "les bulletins d'un parti sont ajoutés dans l'urne et/ou des votes pour d'autres partis ne sont pas comptabilisés" précisent les auteurs, se traduit par la traînée accolée à la tache principale. De l'autre, une fraude extrême, avec une participation totale et une quasi unanimité des bulletins : ce bourrage d'urnes "parfait" correspond à la tache secondaire. Ces motifs ne dépendent pas de l'échelle à laquelle sont collectés les résultats électoraux, assurant une évaluation fiable du scrutin quelle que soit la précision des informations recueillies par les statisticiens.

À partir de modèles statistiques, les chercheurs autrichiens ont pu évaluer l'importance de ces deux stratégies de fraude. Ainsi, la probabilité d'une fraude incrémentale est d'environ 64 % lors des législatives russes de l'hiver 2011, et la fraude extrême aurait concerné 3,3 % des bureaux (soit tout de même plus de deux millions d'inscrits). Ces chiffres sont modérés quelques mois plus tard pour la présidentielle du printemps 2012, sans doute sous l'effet des manifestations qui ont suivi les soupçons de fraudes, mais s'établissent respectivement à 39 % et 2,1 %. De quoi méditer la sentence professée par Joseph Staline et rappelée par les auteurs de cette étude : "Ce qui compte ce n'est pas le vote, c'est comment on compte les votes."

P.S. : l'empreinte canadienne présente elle aussi un motif bimodal, saurez-vous trouver pourquoi ?

Source : P. Klimek et al., Statistical detection of systematic election irregularities, PNAS, 24 septembre 2012.

Crédit photo : Норвежский Лесной - http://nl.livejournal.com/1082778.html


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