Un équilibre de natalité fragile

Plus la mère a d'enfants, plus la probabilité qu'il décède avant cinq ans est forte.

L'analyse ajustée des données indique que "pour chaque enfant supplémentaire, les chances de survie à cinq ans chute de 14 %". En d'autres termes, plus la mère connaît d'accouchements, plus la probabilité que l'enfant décède avant cinq ans est élevée : ce compromis entre forte fécondité et faible mortalité trouve son origine dans la compétition entre les enfants pour accaparer les soins parentaux et s'assurer une croissance en bonne santé. Les statistiques montrent que ce compromis dépend de ce que les chercheurs appellent le "capital somatique et extrasomatique" de la mère. Plus celle-ci est jeune, plus l'effet est marqué (28 % de chances de survie en moins pour chaque enfant né d'une mère de moins de 25 ans contre 10 % pour une mère de plus de 40 ans), tout comme il est accentué pour les mères ayant fait des études.

Cet effet dépend également du pays étudié : il est plus marqué au Lesotho (19 %) qu'au Tchad (11 %). Pour les chercheurs, cette différence doit être mis en regard du taux national de mortalité des enfants de moins de cinq ans (238 ‰ contre 99 ‰). Ainsi, "le compromis entre fécondité et survie de l'enfant est de plus grande amplitude dans les pays où la mortalité infantile est globalement plus faible", précisent-ils. Ce compromis évolutif est donc également lié au contexte socio-écologique dans lequel évolue la cellule familiale : l'investissement social pour lutter contre les causes extrinsèques de la mortalité juvénile (les auteurs rappelant que deux-tiers des décès sont dus à des maladies infectieuses comme le paludisme, la pneumonie ou la diarrhée) favorise la réduction de la fécondité, qui modifie la structure de chaque famille.

Ce compromis entre forte fécondité et faible mortalité ne suffit toutefois pas à expliquer la limitation de la taille de la cellule familiale, comme les anthropologues l'ont montré en comparant les situations malienne et zimbabwéenne : si l'effet est plus marqué au Zimbabwe, la plus faible mortalité des enfants dans ce pays conduit toujours à des familles plus nombreuses. Pour les auteurs de l'étude, d'autres facteurs, comme "la compétition entre les enfants ayant survécu ou les coûts physiologiques masqués de la reproduction contraignent en fin de compte l'évolution de la taille de la famille".

Source : D.W. Lawson et al., The life-history trade-off between fertility and child survival, Proceedings of the Royal Society B, 3 octobre 2012.

Crédit photo : Jeff Goldman - Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).


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