Tout est une histoire de nerfs

Le nerf ulnaire aboutit dans l'annulaire et l'auriculaire, alors que le nerf médian innerve pouce, index. Le majeur possède quant à lui deux terminaisons nerveuses.

Cette posture singulière des doigts de la main serait une conséquence directe de la crucifixion, selon les neurologues américains. La position du corps adoptée sur la croix (les deux bras en l'air, les épaules formant un angle d'environ 135°) cause une forte contrainte mécanique sur un nerf traversant le bras jusqu'aux extrémités de certains doigts : le nerf médian. Cette pression sur le nerf médian peut compromettre la circulation sanguine, comme cela a été montré chez des rats et des lapins ; cette ischémie, si elle est prolongée, dégrade à son tour la fonction de certains nerfs périphériques et entraîne in fine la dénervation de certains muscles de l'avant-bras. Ces défauts nerveux, causés non pas directement par le clou, planté dans la chair entre les os métacarpiens, mais par la position contrainte du corps sur la croix, se traduisent par l'incapacité de fléchir le pouce, l'index et le majeur. En revanche, le fonctionnement du nerf ulnaire n'est pas entravé par la crucifixion : le crucifié garde le contrôle de ses annulaire et auriculaire. Le majeur, innervé à la fois par le nerf ulnaire et le nerf médian, ne conserve lui qu'une capacité de flexion partielle. Le tableau neurologique dressé par les médecins américains permet de retrouver très exactement la posture de la main qu'adopte Jésus sur ces tableaux.

Les neurologues américains ne sont pas les premiers à s'intéresser de près à la crucifixion. Leurs travaux s'inscrivent dans une longue suite de recherches, parmi lesquelles celles de Frederick Zugibe, qui n'a pas hésité en 1989 à accrocher des cobayes humains sur une croix pour comprendre la cause finale de la mort : asphyxie, arrêt cardiaque ? L'expert de médecine légale penchant finalement pour la "théorie du choc". Jacqueline Regan et ses collègues ont semble-t-il été tentés de suivre la même voie expérimentale pour confirmer leur hypothèse neurologique mais "des considérations éthiques rendent cette option déraisonnable". Loués soient-ils !

Source : J.M. Regan et al., Crucifixion and median neuropathy, Brain and Behavior, 18 mars 2013.

Crédit photo : Wikimedia Commons.


Facebook Twitter LinkedIn Scoop.it Courriel More...