Le lion, un grand voyageur

Depuis l'Afrique, le lion a conquis il y a seulement quelques milliers d'années l'Asie, donnant naissance à cinq sous-groupes distincts.

Les chercheurs ont donc procédé à l'analyse de l'ADN mitochondrial de 14 spécimens issus de 4 musées européens (auxquels se sont ajoutés 74 séquences génétiques déjà présentes dans des banques de données). Cette technique est utilisée par les biologistes pour reconstituer l'histoire de populations animales (voir par exemple leur utilisation dans le cas des souris ayant accompagné les Vikings dans leurs périples maritimes) : en recherchant les mutations apparues et conservées au cours du temps sur une région constituée de 1 051 paires de bases (les "lettres" du code génétique), il est possible de reconstituer l'arbre phylogénétique séparant ces dizaines de spécimens.

Résultat : alors que les zoologues ne distinguent que deux sous-espèces, Panthera leo leo, le lion d'Afrique, et Panthera leo persica, le lion d'Asie, les données issues de l'ADN mitochondrial laisse poindre cinq groupes distincts, considérées par l'équipe de biologistes comme des unités évolutives significatives (USE). Leur ancêtre commun serait apparu en Afrique il y a plus de 120 000 ans. Ont suivi l'émergence de plusieurs "branches" de l'arbre familial, jusqu'à la sortie d'Afrique, il y a "seulement" 21 000 ans, via deux excursions séparées, vers l'Inde et l'Iran. Les dates de ces "embranchements" correspondent à des modifications de l'environnement, et notamment à la croissance, lors de phases humides, de forêts tropicales : celles-ci forment alors des "barrières" séparant des populations homogènes et qui vont évoluer à partir de là de façon séparée jusqu'à former deux USE distinctes. Ce phénomène, appelé spéciation vicariante, aurait également été renforcé par la présence des grands fleuves africains ou que la vallée du grand rift, selon cette étude.

Cette nouvelle vision de la dynastie du roi des animaux pourrait avoir des conséquences sur la stratégie de préservation de l'espèce : de deux sous-espèces, il faudrait dorénavant en considérer cinq, et les protéger chacune pour maintenir cette diversité génétique. En s'inspirant de la réintroduction du tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica) dans les régions anciennement occupées par le tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata), aujourd'hui disparu, inspirée par des études génétiques ayant montré leur lien de parenté proche, il serait ainsi envisageable de réintroduire des lions dans le Maghreb à partir de son ancêtre le plus proche, le lion d'Asie présent encore aujourd'hui en Inde.

Source : R. Barnett et al., Revealing the maternal demographic history of Panthera leo using ancient DNA and a spatially explicit genealogical analysis, BMC Evolutionary Biology, 2 avril 2014.

Crédit photo : Gerald Pfaff - Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0 DE).


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