Deux stratégies gagnantes pour viser la bulle

Il est possible de prévoir le point d'atterrissage de la fléchette pour un lancer intervenant à tout moment du mouvement de bras du joueur : si celui-ci a lieu pendant la fenêtre TSZ, la fléchette atteindra la bulle.

Première constatation : les experts sont bien meilleurs que les novices, avec une erreur moyenne environ trois fois plus faible (de l'ordre de 20 mm) et un taux de succès supérieur à 60 % contre moins de 30 % pour les novices. "Selon ces deux critères, le plus mauvais expert a obtenu de meilleurs résultats que le meilleur novice. Ceci confirme que l'entraînement permet d'améliorer la précision du lancer", concluent les auteurs. Comment expliquer ces écarts ? Les novices échouent souvent car ils accumulent deux sources d'imprécisions : leur lancer présente à la fois un faible TSZ (car leur mouvement ne pointe pas précisément vers la bulle mais un peu au-dessus ou au-dessous, comme on peut le voir sur cette figure) et une importante erreur temporelle, le lancer ne s'effectuant pas au moment opportun. En d'autres termes, le mouvement de bras des novices leur offre peu de chances de réussir, et leur lancer est trop fluctuant pour saisir ces maigres opportunités.

Lorsqu'on observe les performances des experts, on remarque tout d'abord que les mouvements lors du lancer sont beaucoup plus stables entre deux tentatives, l'entraînement ayant conduit à mémoriser le bon geste. Les chercheurs japonais ont toutefois découvert deux types de joueurs de fléchettes. D'un côté, certains experts réalisent d'excellentes performances grâce à une grande fenêtre temporelle leur permettant d'atteindre la bulle, ce qui leur autorise une plus grande imprécision sur le moment du lancer, laquelle atteint des valeurs voisines de celles mesurées chez les novices. D'un autre côté, des experts présentent la même petite fenêtre temporelle que les novices (car le sommet de la courbe représentée dans la figure ci-dessus se situe en dehors du centre de la cible), mais ils compensent ce défaut par une erreur temporelle au moment du lancer très faible, de l'ordre de la milliseconde. Deux stratégies gagnantes se dessinent donc pour planter sa fléchette dans le mille : avoir un mouvement de bras qui garantit une grande probabilité d'atteindre la bulle, ce qui permet de compenser une plus grande variabilité dans le moment du lancer, ou alors avoir un contrôle précis du timing pour lancer la fléchette.

Saiki Nasu et ses collègues ont d'ailleurs noté que les deux meilleurs joueurs de l'étude ont chacun adopté une stratégie différente. Comment expliquer que les joueurs les plus experts ne choisissent pas tous la même stratégie ? Les auteurs de l'étude pointe une différence entre les deux techniques : si la première permet de compenser une plus grande variabilité du moment du lancer d'une tentative à l'autre (les études physiologiques indiquant que le contrôle d'une telle action motrice se situe plus souvent autour de quelques millisecondes), elle nécessite un mouvement qui entraîne une plus grande probabilité de manquer la cible, car il ne passe pas au-dessus de la cible et ne croise donc pas à tous les coups la zone de réussite. "Dans cette étude, la stratégie choisie par le lanceur pourrait refléter son attitude individuelle envers le risque de produire des trajectoires perdantes", selon les chercheurs japonais. L'entraînement assidu des mordus de fléchettes ne les immunise pas tous contre la peur de rater le mille.

Source : D. Nasu et al., Two Types of Motor Strategy for Accurate Dart Throwing, PLoS ONE, 12 février 2014.

Crédit photo : acearchie - Flickr (CC BY-ND 2.0).


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