À partir des sons enregistrés par les hydrophones disposés à proximité des terriers, les chercheurs ont établi les spectrogrammes (représentant le spectre des fréquences au cours du temps) qui caractérisent la voix des crustacés.

Le spectrogramme indique deux séries de grondements (a et b) émis à des fréquences différentes : chaque crustacé a une voix particulière.

Des motifs apparaissent : des grondements de même fréquence (indiquant la hauteur du son) se succèdent par groupe de 2, 3 ou 4, à moins d'un quart de seconde d'intervalle, le premier grondement étant généralement plus long que les suivants. Ces grondements groupés se répètent au bout de quelques secondes, et forment de longues séries de plusieurs minutes, voire plusieurs heures. Les sons émis par les crevettes-mantes sont audibles pour l'homme, leur fréquence étant voisine de 170 Hz en moyenne ; cette hauteur varie cependant d'un enregistrement à l'autre.

Des voix singulières

Il arrive que deux séries de grondements distincts par leurs fréquences se superposent : chaque groupe de grondements est attribué à un crustacé différent, qui émet des sons à une hauteur qui lui est particulière. Les crustacés communiquent en même temps, et leurs voix distinctes se mêlent sur l'enregistrement. Parfois, un plus grand nombre de grondements se superposent : les biologistes parlent alors de "chœurs" de crustacés.

Ces résultats permettent de préciser l'écologie acoustique de Hemisquilla californiensis. Connaissant la fréquence des grondements et la vitesse de leur propagation dans l'eau (de l'ordre de 1500 mètres par seconde), on peut estimer qu'un crustacé se fait entendre à 9 mètres à la ronde : suffisant pour atteindre ses congénères, installés dans les terriers voisins, distants de quelques mètres, et les tenir éloignés de son terrier. Les grondements permettraient ainsi aux mâles de marquer leurs territoires, mais aussi d'attirer les femelles dans leurs terriers. En effet, les observations ont eu lieu entre les mois de mars et de juin, période d'accouplement pendant lesquels mâles et femelles résident ensemble dans les terriers. La fréquence des grondements, le nombre de répétition au sein d'un motif, ou encore la puissance des sons émis, varient d'un crustacé à l'autre, et pourraient peut-être renseigner les femelles sur les capacités reproductives des mâles, et orienter ainsi leur choix pour le domicile conjugal.

Source : E. Staaterman et al., Rumbling in the benthos: acoustic ecology of the California mantis shrimp Hemisquilla californiensis, Aquatic Biology, 4 août 2011.

Crédits photo : Erica Staaterman.


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