Les carcinologistes (les spécialistes des crustacés) canadiens, convaincus qu'il fallait écarter définitivement l'hypothèse de l'auto-fertilisation, se retrouvaient avec la seule possibilité de la pseudo-copulation, selon laquelle "pour copuler, un cirripède doit avoir au moins un voisin à portée de pénis". Ils ont alors étudié des spécimens vivants, pêchés sur les côtés des îles d'Helby et de Seppings, dont certains étaient isolés, c'est-à-dire hors de portée du pénis d'un autre pouce-pied. Ils ont compté les éventuels embryons présents dans chaque cavité, et utilisé un test de paternité génétique pour déterminer la filiation des crustacés.

"Je sens monter la vague" (N. Sarkozy, 7 avril 2012)

Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir compter sur un appendice de la même taille que Balanus glandula.

Dans l'épuisette des zoologistes canadiens, 37 spécimens isolés portaient des embryons ainsi que 34 paires à l'écart d'une colonie, où la filiation paraissait évidente. Le test génétique consistait à rechercher dans 16 régions du patrimoine génétique appelés loci les traces de mutations ponctuelles présentes à la fois chez le "père" et l'embryon, attestant ainsi d'une transmission héréditaire d'une particularité génétique. Parmi les 37 "parents isolés", aucun n'a transmis ses mutations aux embryons qu'il incube : l'hypothèse d'auto-fertilisation est donc bien caduque. De façon plus étonnante, parmi les couples isolés, un quart des "enfants" présentait un patrimoine génétique qui ne provenait d'aucun des deux spécimens adultes. Une seule explication : les embryons "de parent inconnu" étaient issus d'un sperme exogène... Les cirripèdes pratiqueraient-ils la gestation pour autrui (GPA) ?

Pour Marjan Barazandeh et ses collègues, "Pollicipes polymerus semble capable d'obtenir du sperme provenant de l'eau environnante et ceci même lorsqu'un partenaire voisin est disponible". Ce mode de reproduction, bien connu chez certains invertébrés marins fixes comme les éponges, n'avait jamais été observé chez une espèce de crustacé. Reste que pour capturer du sperme, faut-il encore qu'il ait été préalablement libéré dans l'eau. Pour les zoologistes canadiens, plusieurs hypothèses sont possibles : une "fuite" de sperme à marée basse, une éjection active lorsque l'animal est totalement immergé, ou encore le fait que la cavité du pouce-pied laisse échapper la semence déposée lors d'une copulation directe. Bref, la sexualité des crustacés est encore loin d'être un chapitre clos pour cette équipe de chercheurs dévoués.

Source : M. Barazandeh et al., Something Darwin didn't know about barnacles: spermcast mating in a common stalked species, Proceedings of the Royal Society B, 16 janvier 2013.

Crédit photo : Minette Layne - Flickr (CC BY-SA 2.0) ; University of Alberta - ScienceDaily.


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