Comment lutter contre le froid sans réchauffer la planète ?

Afin de maintenir une température corporelle constante, il est plus coûteux d'un point de vue énergétique de chauffer le tissu urbain que de se couvrir d'un gros pull.

Richard Hill et ses collègues ont comparé les besoins énergétiques de l'homme pour maintenir son homéothermie dans deux situations : en améliorant son isolation thermique par des vêtements, ou en s'enfermant dans des logements chauffés. Saviez-vous qu'il existait une unité pour mesurer l'isolation procurée par les vêtements ? Il s'agit du clo (abréviation de cloth, vêtement en anglais) : plus le clo est élevé, plus le vêtement est chaud, ce qui se traduit par une température à partir de laquelle le corps commence à produire de la chaleur plus basse et par une conductance plus faible (il est moins coûteux de lutter contre le froid dans une polaire que lorsqu'on est nu). Les chercheurs relèvent à ce propos que le vêtement le plus chaud est fabriqué par les Inuits : il s'agit d'une veste confectionnée en fourrure de caribou (qui, avec un clo de 12, protège jusqu'à des températures de -50°C !).

Pour connaître le coût énergétique de l'homéothermie assurée par un logement chauffé, les chercheurs ont recueilli les consommations d'électricité et de gaz naturel de six villes moyennes américaines, comme Ames (Iowa) ou Dothan (Alabama). La consommation énergétique de ces centres urbains en fonction de la température suit une loi identique ; elle indique toutefois des niveaux beaucoup plus élevés. Alors qu'un homme nu "consomme" environ 100 W pour se mouvoir dans des températures supérieures à 27°C et environ 400 W pour supporter une température proche de 0°C, la ville d'Ames rapporte une consommation par habitant de, respectivement, plus de 1 600 W et 2 900 W. En effectuant des calculs sur une année complète, les chercheurs estiment ainsi qu'une régulation thermique exogène, par le chauffage des logements, est 28 fois plus coûteuse qu'une homéothermie endogène, permise par des vêtements adaptés à la saison !

Ce résultat sonne comme une alarme pour les auteurs : "À une époque où le changement climatique s'amplifie à cause de l'empreinte carbone de l'humanité, nous devons reconnaître l'extravagance énergétique de notre thermorégulation contemporaine, à l'échelle d'une ville, qui privilégie la production à la conservation de chaleur." Pour limiter la hausse des températures prédite par le dernier rapport d'évaluation du GIEC, troquez donc votre chauffage électrique pour une bonne paire de pantoufles et un gros pull, voire une peau de caribou...

Source : R.W. Hill et al., City-Scale Expansion of Human Thermoregulatory Costs, PLoS ONE, 15 octobre 2013.

Crédit photo : Ansgar Walk - Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).


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