L'océan Pacifique a stocké la chaleur dans ses profondeurs

Les profondeurs des océans se sont réchauffées plus rapidement que la surface ces dernières années, emmagasinant une grande part de la chaleur piégée par les gaz à effet de serre (les périodes orangées indiquent les éruptions des volcans El Chichón et Pinatubo).

D'où provient donc le plateau que semble avoir atteint la température moyenne globale ces dernières années ? D'une diminution du forçage radiatif, ce qui signifierait un réel ralentissement du dérèglement climatique, ou d'une variabilité naturelle du climat planétaire ? Il existe en effet de grands phénomènes climatiques naturels qui ont un impact majeur sur les températures. C'est le cas notamment d'El Niño, un courant marin chaud de l'océan Pacifique sud, lié à un cycle de variations de la pression atmosphérique appelé oscillation australe : selon Kevin Trenberth et John Fasullo, El Niño est responsable d'une grande part des fluctuations interannuelles du climat depuis 1970. Pour les deux climatologues, il est donc essentiel de tenir compte de tels phénomènes climatiques, encore mal modélisés par les grandes simulations numériques sur lesquels reposent les scénarios d'évolution du climat publiés par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Afin de répondre à la question, les deux chercheurs se sont penchés sur le nouvelle analyse de la chaleur emmagasinée par les océans (oceanic heat content) menée en 2012 par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. Celle-ci fait apparaître que "plus de 30 % de la chaleur a été emmagasinée dans les océans sous 700 m de profondeur, de façon inédite après 2000", date à laquelle le stockage d'énergie par les différentes couches des océans a commencé à diverger ; ce réchauffement préférentiel des eaux profondes par rapport à la surface des océans "a été associé principalement à des changements des vents tropicaux et subtropicaux balayant l'océan Pacifique". Pourquoi ce brusque revirement de l'équilibre thermique du Pacifique ? Il semblerait lié au changement de phases de l'oscillation décennale du Pacifique (ODP) en 1999, impulsé par l'épisode 1997/98 d'El Niño, particulièrement intense. Alors qu'avant 1999, l'ODP favorisait le maintien de la chaleur captée par l'océan Pacifique à sa surface, ce changement de phase se traduit par un "enfouissement" des eaux chaudes et un refroidissement relatif de la surface.

Ainsi, le plateau de la température moyenne planétaire observé ces dernières années est principalement dû au "non-réchauffement" de l'océan Pacifique central et oriental, lié au basculement de l'ODP (comme on peut le voir sur ces cartes). La Terre a ainsi stocké la chaleur superflue au large du Mexique et du Pérou plutôt qu'au-dessus des terres habitées. Conclusion de Kevin Trenberth et John Fasullo : "Le réchauffement climatique ne s'est pas arrêté : il s'est simplement manifesté d'une façon différente".

Source : K.E. Trenberth et J.T. Fasullo, An apparent hiatus in global warming?, Earth's Future, 5 décembre 2013.

Crédit photo : Andrea Zeppilli - Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).


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