Des jours plus courts, c'est bon pour la croissance

La taille des adolescents japonais est négativement corrélée à la longueur de la journée (mesurée par la durée d'ensoleillement moyenne).

Les enfants scolarisés dans la préfecture d'Akita, au Nord-Ouest de l'île principale d'Honshū, sont les plus grands alors que ceux de la préfecture d'Okinawa, un chapelet d'îles méridionales situées entre le Japon et Taïwan, sont les plus chétifs. La différence de taille entre ces deux extrêmes est importante : 2,4 à 3,2 cm pour les garçons de 14 ans, et entre 2,1 et 3,2 cm pour les filles du même âge. Les chercheurs japonais ont retrouvé de même des différences importantes de poids entre les adolescents élevés au Nord et au Sud. Mais si le poids et la taille sont corrélés (les grands sont plus lourds), une autre corrélation se révèle plus forte et obtient la faveur de l'équipe de chercheurs pour expliquer ce gradient de tailles : la différence d'ensoleillement. Ainsi, dans le Sud où le Soleil est fréquent, les adolescents sont plus petits qu'au Nord, qui accumule chaque jour un déficit lumineux de 23 minutes en moyenne (à l'échelle d'une préfecture).

Moins de Soleil signifierait donc plus de centimètres (et accessoirement plus de kilos). Mais au-delà de l'énergie solaire emmagasinée pendant toute l'année, l'étude japonaise indique que le paramètre critique est la durée d'ensoleillement quotidienne, mesurée ici au-dessus d'un niveau seuil de 4 000 lux, correspondant à une matinée nuageuse ou à une fin de journée. En effet, le photopériodisme, c'est-à-dire le rapport entre le jour et la nuit, influe la physiologie humaine, et notamment ce qu'on appelle le cycle circadien (surnommée l'horloge biologique, calée sur un rythme voisin de 24 heures). Une hormone jouerait un rôle clé dans ce processus : la mélatonine. Des journées plus courtes augmenteraient la sécrétion par les adolescents de cette hormone, connue pour inhiber la maturité sexuelle (le début des règles varie ainsi selon les régions du globe, et leur ensoleillement). Cette pause dans la puberté ralentirait alors la maturation des os, permettant une croissance plus importante de ces derniers qui se traduirait in fine par une plus grande taille. Cette hypothèse formulée par les chercheurs japonais devra être validée par des mesures sur un gradient similaire de l'âge de la maturité sexuelle, avec un Sud plus précoce et un Nord à la traîne, boosté par la mélatonine.

Source : J. Hulcr et al., Geographical Distribution of Adolescent Body Height with Respect to Effective Day Length in Japan: An Ecological Analysis, PLoS ONE, 5 décembre 2012.

Crédit photo : w. killinger - Flickr (CC BY-NC 2.0).


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