Quelques oligarques règnent sur la jungle bactérienne

Le contenu du nombril d'un blogueur scientifique cultivé dans une boîte de Petri.

Le nombril de chaque volontaire a été échantillonné à l'aide d'un coton tige, pour y récolter les bactéries qui y ont trouvé place. Puisqu'il n'est pas toujours possible de les cultiver en laboratoire (même si le site www.wildlifeofyourbody.org abrite une belle galerie de boîtes de Petri couvertes de colonies bactériennes, dont celles recueillies dans les nombrils des auteurs de cette étude), les microbiologistes ont décrit l'ensemble des phylotypes bactériens grâce à leur matériel génétique (plus de détails sur ces techniques dans un précédent article, Bactéries 1 - WC 0).

Les chercheurs ont ainsi discerné près de 2 400 phylotypes différents, soit deux fois le nombre d'espèces d'oiseaux présents en Amérique du Nord. Parmi cette grande biodiversité bactérienne des nombrils, les biologistes ont détecté trois archées : ces micro-organismes n'avaient jamais été observés sur une peau humaine, plus habitués aux milieux extrêmes comme les geysers. Mais, précisent les auteurs, "deux de ces trois phylotypes étaient issus d'un individu qui a déclaré ne pas s'être lavé depuis plusieurs années"...

Seuls 23 phylotypes bactériens sont présents chez plus de la moitié des individus sondés : ces bactéries, présentes en grand nombre chez la plupart des hôtes, sont appelées "oligarques", un terme utilisé pour décrire les espèces prépondérantes dans les forêts tropicales, qui abritent elles aussi des écosystèmes d'une grande biodiversité. Ces oligarques sont de plus assez proches d'un point de vue phylogénique, ayant probablement évolué conjointement pour s'adapter à cet environnement particulier. À l'opposé, les nombreux phylotypes rares (en nombre et en fréquence) seraient sans doute présents de façon transitoire, apportés par les vêtements par exemple. Si le bouillonnement bactérien du nombril vous a passionné autant que les chercheurs américains, vous suivrez avec enthousiasme le nouveau projet de leurs collègues, qui explorent cette fois-ci l'horizon enchanteur... de nos aisselles !

Source : J. Hulcr et al., A Jungle in There: Bacteria in Belly Buttons are Highly Diverse, but Predictable, PLoS ONE, 7 novembre 2012.

Crédit photo : zabozrut - Flickr (CC BY-NC-SA 2.0) - Belly Button Biodoversity.


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