Dans Accélération - Une critique sociale du temps, Hartmut Rosa décrit l'impact de l'accélération dans nos sociétés post-modernes.

Un îlot où l'on y va mollo

Est-il possible de faire de l'université un havre de tranquillité, tenu écarté de la fureur d'un monde entraîné dans une course folle ? Car il n'y a pas que la science qui perd les pédales. Pour prendre un exemple trivial, la représentation de la pièce Rosmersholm du dramaturge norvégien Henrik Ibsen est passée de quatre heures à moins de deux heures en l'espace de cent ans ! Qui compare M le maudit, chef-d'œuvre de l'allemand Fritz Lang datant de 1931, et le dernier Transformers constatera une certaine accélération du montage cinématographique...

C'est cette histoire de la vitesse dans nos sociétés occidentales que narre le sociologue allemand Hartmut Rosa dans l'essai Accélération - Une critique sociale du temps, paru en 2010 (des extraits peuvent être consultés ici). S'il a fallu plusieurs années pour équiper un million de foyers d'un téléviseur ou d'une machine à laver, un million d'Ipod se vendent aujourd'hui en quelques heures... Cette accélération technique s'est accompagnée d'une accélération sociale qui a totalement modifié nos attitudes personnelles. Si bien qu'aujourd'hui, à côté des mouvements Slow Food, Slow Travel (et même Slow Sex !), les scientifiques sont également tentés de construire ce qu'Hartmut Rosa appelle des "îlots de décélération", des oasis protégées des tourbillons dominants. Historiquement, le sociologue nous rappelle que ces mouvements ont adressé une "protestation de principe contre la modernité (et ses progrès éventuels)" : en France, les Canuts se révoltent en 1831 contre l'introduction des métiers à tisser mécanisés.

Cet héritage contestataire semble en contradiction avec l'objectif même de la recherche scientifique. Les découvertes et les innovations qui en résultent accompagnent depuis des siècles le progrès technique, synonyme de modernité dans notre société. Alors, réactionnaires, les signataires de l'appel pour une Slow Science ? Peut-être nous invitent-ils plus sérieusement à prendre le temps de nous interroger sur le beau mot de progrès, et sur le sens que nous souhaitons lui donner.

L'appel Pour un mouvement Slow Science : http://slowscience.fr

Crédit photo : Sir John Tenniel


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