Simuler la dynamique sociale des suricates

La femelle dominante (en rouge) mène le reste du groupe jusqu'au moment où ils s'approchent de la route.

Pour le savoir, les chercheurs se sont déplacés du désert sud-africain... à une salle informatique. Ils ont en effet modélisé le déplacement d'un groupe de huit suricates à partir d'équations mathématiques simples. Ce modèle minimaliste, proposé par le physicien hongrois Tamás Vicsek en 1995, est aujourd'hui largement utilisé pour l'étude des mouvements collectifs. Dans ce cas, la route est assimilée à ce que les physiciens appellent une barrière de potentiel : si une particule vient la percuter avec une faible énergie, elle est défléchie (un simulateur très ludique explique ce concept dans le cas des ondes). Pour nos suricates, cela signifie que l'animal ne traverse pas la route s'il s'en approche avec trop peu d'élan.

Pour retrouver le comportement différent des femelles dominantes et des animaux subordonnés, les simulations numériques doivent intégrer une barrière de potentiel de hauteur variable. Si la femelle dominante freine au moment de traverser la route et laisser passer devant elle les subordonnés, c'est que la barrière est plus haute pour elle et qu'elle franchit donc l'obstacle plus difficilement que les autres membres du groupe. Traduit en termes comportementaux, cette barrière plus haute signifie une plus grande aversion au risque, d'environ 40 %, des femelles dominantes par rapport aux subordonnés.

Cette attitude n'est pas partagée par tous les animaux sociaux : ainsi, une étude datant de 2006 montrait qu'en pareille situation, le chimpanzé (Pan troglodytes) dominant assure une position protectrice vis-à-vis de sa communauté, en prenant la tête du groupe au moment de traverser la route. Comment expliquer alors ce comportement égoïste des femelles dominantes, qui laissent en première ligne les individus de second rang de la colonie, au lieu de se sacrifier pour le bien de la communauté ? Si elles cherchent à se protéger, ce serait peut-être pour préserver la stabilité du groupe, les zoologistes du KMP ayant constaté que les groupes se dispersent parfois à la mort de la femelle dominante. Quelle que soit la cause de ce comportement, il est évident que les suricates se sont adaptés à l'apparition des routes dans leur environnement et ont fait évoluer leurs règles collectives en accord avec ces nouvelles menaces. Pour Nicolas Perony et Simon Townsend, "ces résultats constituent une lueur d'espoir et suggèrent que les animaux peuvent s'adapter et coexister avec succès avec l'homme, en dépit de son intrusion toujours plus forte".

Source : N. Perony et S.W. Townsend, Why Did the Meerkat Cross the Road? Flexible Adaptation of Phylogenetically-Old Behavioural Strategies to Modern-Day Threats, PLoS ONE, 18 février 2013.

Crédit photo : Ashleigh Thompson - Wikimedia Commons (CC BY 2.0).


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