La piqûre rate sa cible

D'après des données compilées par le réseau des GROG (Groupes Régionaux d'Observation de la Grippe), le taux de décès dus à la grippe a chuté de façon drastique en France suite aux progrès accomplis en matière de vaccination.

Un premier coup d’œil aux statistiques compilés à partir de cette enquête fait apparaître un résultat qui semble positif. Si le groupe à risque mérite bien son nom, avec une incidence de la grippe dans les douze derniers mois de l'ordre de 7 %, supérieure au chiffre de 4 % relevé dans l'autre groupe, les personnes à risque présentent un taux de vaccination plus élevé, de l'ordre de 48 %, soit 30 points de plus que pour le groupe jugé non-prioritaire. Des chiffres comparables à ceux obtenus en France en 2010, où 56 % des personnes âgées, et 40 % des malades en ALD (affections de longue durée) ont été vaccinés, contre près de 20 % pour l'ensemble de la population âgée de plus de 15 ans. Un bilan qui peut être mis en regard de la baisse de la mortalité liée à la grippe depuis le milieu des années 70.

Pourtant, un examen plus attentif permet de dresser un bilan nettement moins laudateur du système de santé américain. Ainsi, au sein du groupe à risque, alors que 52 % des personnes bénéficiant d'une assurance-maladie se font vacciner, les personnes sans couverture maladie ne sont que 18 % à recevoir une injection, ce qui se traduit par une incidence de la grippe plus forte, proche de 9 %. Un constat qui trouve un écho dans les enquêtes menées récemment en France, montrant qu'un nombre grandissant de personnes renoncent à des soins pour raisons financières. D'autres facteurs participent à un taux de vaccination plus faible pour certaines tranches de la population à risque : la présence d'au moins un enfant dans le foyer, le tabagisme (seuls 31 % sont vaccinés) ou le fait de boire plus que de raison (au moins deux fois par jour), ces comportements sanitaires à risque étant associés à une forte infection par la grippe, dans respectivement 11,5 % et 11,0 % des cas.

En clair, risque d'infection et probabilité de vaccination sont négativement corrélés, ce qui revient à dire que ceux qui se font le plus vacciner sont ceux qui ont le moins de risque de contracter le virus de la grippe. Une corrélation négative encore plus importante dans le groupe à risque que dans le groupe non-prioritaire. Les deux chercheurs appellent de leur vœu des politiques de vaccination mieux ciblées, visant en priorité les populations défavorisées, les jeune parents - qualifiés de "super-contamineurs" - ou encore les personnes présentant une mauvaise hygiène de vie (tabagisme, alcoolisme, faible activité physique), qui ne sont pas forcément sensibilisés par des campagnes de vaccination gratuite. La peur de la piqûre ne justifie pas cette inégalité face à la protection vaccinale.

Source : Q. Gu et N. Sood, Do People Taking Flu Vaccines Need Them the Most?, PLoS ONE, 2 décembre 2011.

Crédit photo : Samantha Celera (CC BY-ND 2.0).


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